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Tout voyageur qui visite un lieu, est le passager clandestin d'une émotion. La discrétion qui guide son pas, va, vers l'autre, et sa quête n'en devient que plus authentique.
Itinéraire de découverte par le récit d'une rencontre.
 


 

 

 

 

 

 

 

 

Ce pont de bois surplombe la rivière


 

Au gré de rencontres qui inspirent une totale sérénité, j'ai voulu vous faire partager lors d'une visite guidée, de grandes émotions. Et puisque tel est le but de ce voyage, à travers le temps, j'essaierai de vous donner lors de cette visite virtuelle,  l'envie de parcourir ce chemin initiatique.
C'est à travers le récit d'un parcours commenté que vous pourrez suivre l'histoire de l'abbaye en quelques mots. Située sur l'une des dix-sept étapes touristiques de la Route Jacques Coeur, le patrimoine spirituel et culturel de Noirlac est une promenade incontournable où vous pourrez tout découvrir, tout imaginer !

Nous avons rendez-vous, destination la Vallée du Cher, et au coeur du Boischaut, Noirlac...

 

 Introduction

Le site religieux de Noirlac fut autrefois baptisé la Maison Dieu (ceci jusqu'en 1276). Construite vers 1150 par un petit groupe de moines venus de l'abbaye de Clairvaux, l'abbaye de Noirlac est aujourd'hui un lieu de mémoire, véritable référence de l'héritage cistercien. C'est vers 1250 que l'abbaye va connaître son apogée.
Elle est le témoin d'un des épisodes les plus féconds de l'histoire des moines qui ont bâti l'Occident. Symbole de l'idéal diffusé par Saint Bernard,  dans plus de 300 abbayes cisterciennes d'Europe, elle est l'un des ensembles monastiques les mieux conservés.
Entrez dans le mystère d'un site inspiré de l'idéal religieux, plongez dans le mystère d'une cité idéale du Moyen Age et découvrez,  là, une architecture tournée vers la pureté et la lumière, par le cheminement d'une rencontre patrimoniale en Berry, tissée d'émotion, d'étonnement, faisant chanter la pierre, révélant la perfection des formes, situant le visiteur au cœur du sacré.


En 1822 (début XIXe siècle), s'y trouvait ici une usine de porcelaine. Aujourd'hui, c'est l'église abbatiale que l'on visite sur le lieu.

Dans cette usine de porcelaine, tous les fours étaient installés dans l'église, c'est pourquoi, à la place des colonnes, l'on remarque d'ailleurs présente dans toutes les salles de cette visite, la même luminosité.
Les seuls matériaux neufs sont dallages et vitraux. Comme  les fours étaient installés dans l'église, il fallait penser aux différentes ouvertures, refaites dans l'esprit cistercien autrement dit, sans couleurs et sobres. L'on constate pour l'ensemble des bâtiments que l'assise est d'origine, c'est à dire, sans fondation, reposant sur le sol et suivant la pente du terrain. C'est bien là ce que l'on appelle des bâtisseurs.
 

Quelques mots sur la pierre et notamment, le calcaire

Non loin de Noirlac se trouvait autrefois une carrière. C'est de là qu'était exploitée la pierre calcaire. Un matériau qui a eu la chance à Noirlac, de bien résister au temps, ce qui explique l'état de conservation actuel de l'abbaye. Dressé en haut des colonnes, l'on distingue également diverses représentations telles feuilles, et autres figures architecturales. Cependant, il semble qu'il n'y ait pas en celle-ci une valeur symbolique particulière s'y rattachant, mais plutôt l'expression du moment que différents créateurs ont voulus représenter.
Cette première étape de l'église abbatiale nous conduit à présent vers le cloître et sa dentelle de pierre nommée également "la claire-voie, datant des années de Clairvaux (1310).

 

Selon l'ordre de la visite
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 Le cellier

Les murs du cellier datent probablement d'une seconde campagne de travaux (entre 1170-1190), le puissant voûtement serait lui plus tardif (XIIIe siècle). À remarquer l'élévation aérienne de cette belle pièce, dont les ouvertures étaient à l'origine fermées par des toiles huilées.
Sa construction suit le plan-type des abbayes cisterciennes qui prévoit à l'ouest du cloître le quartier d'habitation des convers : au rez-de-chaussée cellier et réfectoire, à l'étage, un dortoir qui a été depuis réaménagé en 5 cellules de moines. Voir photographie de l'une d'entre elles.

 

 L'église abbatiale

C'est en 1150 que débute la construction de l'église abbatiale. Cette construction va s'achever début XIIIe siècle. Construite dans la tradition cistercienne, c'est à dire de façon sobre, dépouillée de toute floriture et de couleur.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 Le cloître

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

Situé à l'intérieur de l'abbaye, contigu à l'église abbatiale, le cloître de Noirlac occupe une position stratégique. Elément central autour duquel les différents bâtiments conventuels s'organisent,  cet espace consacré aux prières et à la méditation dessert par sa galerie toutes les parties essentielles de l'abbaye : la salle capitulaire, la sacristie, la salle des moines, le réfectoire.


Faisant face à l'Ouest et donc face à l'eau et exposée au gel, la galerie est cependant bien conservée.
À l'opposé de l'aile gauche (1250), on découvre le cloître dans ses différents détails architecturaux, par les lieux d'une beauté austère propre aux grandes abbayes cisterciennes, l'extrême simplicité d'un chapiteau du XIIe siècle,  par sa galerie ouest. La dentelle de pierre que forme l'architecture des galeries, laisse observer un petit espace aménagé en cour, au centre duquel un puits, qu'un rosier grimpant revêt de sa parure durant la belle saison. Cette configuration, l'aménagement de l'espace, n'est d'ailleurs pas sans nous rappeler à quelques détails près le plan d’une maison romaine regroupant ses pièces autour d’un atrium.

Le chapiteau que l'on remarquera sur la gauche, on le retrouve dans toutes les abbayes cisterciennes sans exception. Pourquoi ? Parce que les chapiteaux de cette nature reproduisent une plante d'eau nommée la cistelle, traduisant le mon de la Maison mère, autrement dit, Cîteaux, devenu le nom de l'ordre "les cisterciens ". C'est pour cela qu'en général, les abbayes cisterciennes portent des noms qui traduisent une connotation aquatique.
Ainsi pour exemples, Noirlac qui provient de " lac noir", Le Thoronet cela vient de "torrent. Il y a aussi des abbayes évoquant l'élément eau et en ce cas , l'on retrouve les fontaines. C'est le cas pour Fontenay, Fontfroide, Fontevraud, Fontmorigny. Si c'est clair, l'on dira Clairvaux, Clairvallée. Si l'abbaye se trouve située sur une butte, une élévation, c'est Mont quelque chose, tel que Mont-Saint-Michel, Hautecombe, Hautefort., Pontigny...

Cela signifie que si l'on connaît le nom de l'abbaye, on connaît alors presque sa situation géographique. Et si l'on connaît la topologie, on connaît aussi presque l'ordre religieux car par exemple, le cistercien ne veut pas être vu, mais pour ne pas être vu, l'abbaye ne se construira pas sur une butte mais dans le creux d'une vallée. De ce fait, il est certain qu'au Mont-Saint-Michel, il n'y avait pas de cisterciens mais bien des moines bénédictins (d'ailleurs vêtus d'une bure noire, alors que les cisterciens sont vêtus de blanc).

Des ordres aujourd'hui, nous en comptons 244, toutefois, nous ne possédons pas 244 couleurs de robe de bure. Des noms différents sont attribués à tous ces ordres, on dit par exemple, se sont des Chartreux, des moines trappistes...
S'il y a aussi des différences entre un prieuré, une abbaye, un monastère, une cathédrale, une collégiale, une basilique, un couvent, un convent et ainsi de suite, c'est bien parce que les habitants ont des spécificités différentes.
Noirlac n'est plus un monastère. Ceci n'a rien à voir avec ou sans moine mais ceci est lié au fait qu'à la Révolution, tout a été vendu et dispersé. À la Révolution Française, cinq moines occupent les lieux. L'abbaye sera revendue, et c'est en 1910 qu'elle se voit rachetée par le département du Cher, puis restaurée en 1950.


 

 

Comprendre l'organisation d'une abbaye

L'abbaye, c'est une partie du monastère qui est gouvernée par l'abbé qui signifie "Père". C'est pourquoi c'est un pléonasme de dire un "père-abbé", qui revient à évoquer en fait "Père-Père".
Pour qu'il y ait un abbé, il faut qu'il y ait plus de 12 moines, autrement, c'est un Prieur  ayant sous sa responsabilité la direction de moins de 12 moines ( Prieur et prieuré).


L'abbé d'une communauté est élu par ses moines, tandis que le prieur est désigné par l'abbé. Ce qui signifie que le prieuré dépendra obligatoirement d'une abbaye. Une abbaye peut recueillir jusqu'à dix, vingt prieurés et entre les prieurés, l'abbaye, les terres, les fermes, c'est ce que l'on appelle le monastère, c'est l'ensemble de la propriété de la communauté.

Il n'y a qu'un monastère aujourd'hui visitable culturel, c'est Fontenay qui se trouve en Côte d'Or, tout proche de Montbard. L'abbaye par elle-même est beaucoup moins complète que Noirlac, mais elle s'organise autour des forges, des boulangeries, des viviers à poissons, une partie des étangs, des forêts et ainsi de suite, et comme c'est l'unique monastère culturel que nous avons en France, il a été classé par l'UNESCO au niveau mondial.

Des abbayes comme Noirlac, nous en comptons en France environ 250, et classées au niveau national. Les moines cisterciens sont d'excellents gestionnaires, faisant vivre la communauté sous diverses formes de ressources et notamment, la culture des produits de la terre, mais aussi miel, fromage, etc... Nombreuses sont les abbayes qui ont leur site Internet, ceci est également relié aux ressources de la communauté.


 

 

 La salle capitulaire

Salle de paroles, le seul endroit où le moine a le droit de converser et de s'exprimer.
À Noirlac, sortant de l'église par le bras sud du transept, vous accéderez à l'aile des moines de chœur. La  salle capitulaire (du XIIIe siècle), lieu de réunion de la communauté (le "chapitre"), est d'une architecture très soignée, de style gothique.
Ouverte sur la galerie du cloître par une arcade centrale flanquée de deux autres arcades dites géminées sur bahut (seconde moitié du XII
e siècle), surmontées d'oculi, puis d'une porte dite plein cintre.
À l'intérieur, deux piles à facettes multiples et chapiteaux à "feuilles d'eau" (datant de la fin du XIIe siècle), supportant les voûtes sur croisées d'ogives.

Essayons également de nous imaginer à l'époque au cœur   de cette salle, par exemple en plein mois de janvier où il y fait - 15°, un pièce peu éclairée.
D'autre part, les frères convers avaient droit au chapitre, mais n'avaient pas droit à "voix". Ne pas avoir voix au chapitre, que l'on a d'ailleurs souvent déformé par "ne pas avoir droit au chapitre". Ceci pour la petite histoire.

Dans la salle capitulaire, on remarque des fresques de couleur rouge brique, détail provenant du style d'architecture italienne (du XIVe siècle), il s'agit de l'époque de la Renaissance italienne française, alors qu'en France, la même époque correspond en fait au XVIe siècle. Ceci signifie que les bâtisseurs de l'époque, les maîtres- d'œuvre construisaient, décoraient dans un esprit d'avant-gardisme, pensant dans leurs travaux, à ceux qui vont leur succéder.

 

 

 La salle des moines

Après l'ancien parloir et l'ancien escalier du dortoir des moines, on entre par la gauche dans la salle des moines ( datant de la fin du XIIe siècle). Cette pièce est agrémentée d'une cheminée. Les grandes fenêtres datent elles, du XVIII e siècle.
Cette salle, très remaniée, à conservé sa voûte d'arêtes. Sur la cheminée, deux crosses d'abbé adossées, image emblématique de l'ordre cistercien.
À proximité de cette salle, devait probablement s'y trouver le chauffoir placé sous l'infirmerie.

 

 

 Le Réfectoire

Entrez dans le réfectoire... Cette vaste pièce se voit fort bien éclairée côté sud, grâce à quatre lancettes surmontées de deux rosaces. La  chaire du lecteur, creusée dans le mur de droite (photographies en préparation), a été dégagée.
La salle du réfectoire est restaurée au XVIII
e siècle. Coupée à mi-hauteur par un plancher, elle abritait à cette époque l'appartement des hôtes. La restauration la rétablie dans son volume primitif. Au Moyen-Age, cette salle jouxtait une vaste cuisine côté ouest, qui fut détruite vers 1725.
 

 

 Les dortoirs

Dortoir des moines et dortoir des frères convers se découvrent en quittant le réfectoire, en passant par une porte ouverte dans le mur Ouest où l'on entre ensuite dans une salle. D'ici, on emprunte l'escalier qui mène au premier étage pour accéder aux cellules des moines.
À l'étage, le local a été profondément modifié entre 1724 et 1730.Vaste dortoir communautaire qui jouxtait une infirmerie, aujourd'hui disparue.
Les cisterciens dormaient tout habillés sur de simples paillasses dans cette salle éclairée par de petites fenêtres. Après les travaux du XVIII
e siècle, les cinq  moines de Noirlac purent s'installer dans de confortables cellules.

 

 

Suivez la visite...

 

                   Plan des bâtiments 

                  Sources

               
   - Extraits audio : lors d'une visite guidée
                        - Descriptif remis à l'Accueil
                        - Bibliographie : L'Abbaye Cistercienne en France ( Clarisse Renaud- Aux Editions Gaud)
                                                  Abbaye cisterciennes en Berry - Cher, Indre (Itinéraire du Patrimoine)
                                                  La règle de saint Benoît (Aux Editions du Cerf)
                
                    
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