Madame de Châteauroux
Favorite
de Louis XV
Description de l'article:
Source:
Extrait de "Histoire pour Tous" n° 90 - Octobre 1967 - pp.497 & 498
Marie-Hélène BOURQUIN
De Patrice (Belgique)
|
Madame de Chateauroux Marie-Anne
de Nesle |
Le 5 octobre 1717, naissance de
Madame de Châteauroux,
favorite de Louis XV
|
|
Dès que sa position est plus assurée, Mme de Mailly, en effet, accepte de faire venir auprès d'elle sa jeune soeur, Pauline-Félicité, née en 1712, que l'on marie en 1738 au marquis de Vintimille. Laide, grande, d'allure assez masculine, elle ne semble pas à Mme de Mailly une rivale bien dangereuse; mais elle est vive et gaie et ne craint pas d'user envers le Roi d'un langage direct et fier qui plait au monarque.Il est très vite fort épris, et Mme de Mailly, pour ne pas perdre tout à fait le Roi qu'elle aime de la façon la plus sincère et la plus désintéressée qui soit, accepte le partage. Mais le triomphe de Mme de Vintimille sera bien court car, le 9 septembre 1741, elle meurt à 29 ans, quelques jours après avoir donné naissance à un fils, naissance à laquelle le marquis de Vintimille, en de méchants propos, prétendra n'avoir pas eu "grande part". Le Roi, très affecté, se
console avec la douce Mme de Mailly, pour laquelle il éprouve en la
circonstance un regain de tendresse. Mais c'est alors qu'arrivent à la
Cour les 3 autres soeurs Mailly-Nesle: Diane-Adélaïde, née en 1714,
surnommée "la grosse réjouie", que l'on mariera en 1743 au duc de
Brancas-Lauraguais, et qui laissera le Roi avoir occasionnellement des
bontés pour elle; Hortense-Félicité, née en 1715, mariée depuis janvier
1739 au marquis de Flavacourt, qui était la plus jolie, mais qui aurait
été aussi la plus vertueuse; et enfin Marie-Anne, la plus jeune, née en
1717, et déjà veuve d'un certain marquis de la Tournelle, épousé en 1734.
|
|
La plus intrigante, la plus ambitieuse, était certainement cette marquise de la Tournelle. Grande, belle, assez hautaine, cette jeune veuve de 25 ans met tout son orgueil à devenir, non la maîtresse douce et pauvre, aimante et résignée qu'est sa soeur, Mme de Mailly, mais la favorite déclarée, celle qui a des titres et de l'argent, celle qu'on sollicite et qui joue de son influence.
Pour cela, avant de céder au Roi, qu'elle sait très amoureux d'elle, elle va poser froidement ses conditions. D'abord, le renvoi de sa soeur, qui est obtenu le 3 novembre 1742. Non sans mal d'ailleurs, car le lendemain, Mme de la Tournelle écrit au duc de Richelieu, qui était au courant de l'intrigue: "Sûrement Meuse vous aura mandé la peine de j'ai eue à faire déguerpir Mme de Mailly..."
Sa soeur écartée, il s'agit d'amener Louis XV, peu habitué à lier la générosité à la galanterie, à lui accorder un grand appartement à Versailles, des revenus qui lui permettent d'y recevoir, et un titre de duchesse. Et pour cela, elle joue en grande coquette des bouderies, fausses jalousies, colères calculées; et surtout, elle refuse sa porte au Roi: "Je ne vois pas écrira-t-elle à Richelieu, où est la sottise que j'ay fait en refusant honnêtement la petite visite (...) cela augmentera l'envie qu'il en a... " Un mois après le départ de sa soeur, sure de son pouvoir, elle cède enfin au Roi. Au mois d'octobre 1743, Mme de la Tournelle reçoit le duché de Châteauroux, qui doit revenir à la couronne si elle décède sans héritiers males. Les lettres-patentes confirmatives ayant été enregistrées au Parlement sont alors criées dans les rues de Paris en février 1744 "ce qui donne lieu à parler". Et il est certain que cette nomination aurait pu se faire avec plus de discrétion. Mais nous allons voir que sa disgrâce sera aussi publique que l'avait été son élévation; curieusement, cette femme, qui s'était refusée avec éclat à une liaison furtive et cachée, connut en moins d'un an l'excès dans les honneurs et dans l'indignité.
Son influence étant à présent reconnue, certains lui demandent d'encourager le Roi à se mettre à la tête de ses armées. Ce rôle lui plait. Ayant naturellement le goût de la grandeur, elle se montre favorable à ce que Louis XV se couvre de gloire en Flandre mais à condition que les plaisirs de la guerre ne lui fassent pas oublier ceux de l'amour. Aussi, dès qu'on eut trouvé un prétexte suffisant pour sauver les apparences et convenances, Mme de Châteauroux rejoignait le Roi à Lille, dans les 1ers jours de juin 1744. Elle se trouvait encore auprès de lui quand à Metz, le 8 août, le Roi tomba malade.
Son état s'aggravant, le drame
commença.
Le 13, le Roi paraissant à la dernière extrémité, le duc de Fitz-James, évêque
de Soissons, exigea du Roi, non seulement le départ de Mme de Châteauroux, ce
qui était compréhensible, mais encore une confession publique, une amende
honorable, en présence des bon bourgeois de Metz, dans laquelle de Roi
demandait pardon du scandale qu'il avait donné ! Les chefs du parti dévot,
fiers de cette victoire, obtenue sur un Roi mourant, mais croyant, poussèrent
le ridicule jusqu'à faire en sorte que les paroles du souverain soient
répandues dans tout le Royaume, et lues en chaire par les curés !
Certes, l'homme de la rue fut, dans son ensemble, très content; il jeta des
pierres sur le carrosse de Mme de Châteauroux et fit dire des Te Deum pour la
santé du Roi; les garçons charbonniers, les porteurs d'eau et les charretiers
eux-mêmes en firent chanter dans les églises de Paris. Mais l'avocat Barbier,
plus sensé, avoue dans son Journal que pour sa part, il a regardé "cette
réparation publique et subite comme un scandale avéré. Il faut respecter la
réputation d'un Roi, ajoute-t-il et le laisser mourir avec religion, mais avec
dignité et majesté".
C'est bien ce que pensa le Roi quand il recouvra la santé et vit s'éloigner de
lui les flammes de l'enfer. Il consigna l'évêque de Soissons dans son diocèse,
et négocia le retour de Mme de Châteauroux à Versailles. Mais lorsque, le 25
novembre, l'ordre lui fut porté que le Roi l'attendait, elle était elle-même
souffrante. Elle ne quittera plus son lit et mourra dans de très grandes
douleurs, le 8 décembre 1744, à l'age de 27 ans.