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" Sur le Chemin du
Lavoir..."
Depuis
que notre p’tit curé est entré à l’hospice, j’avens son remplaçant,
un p’tit vicaire tout neuf.
Un abbé régiment, un abbé-clésiastique qui s’apillonne.
Grousse moto, blouson vert, chemise à carrieaux, complet veston
anthracite. Il ne connaît pas le latin, ni son Pater
Noster, mais dame, il sait chanter les vêpres sur la guitare et vous
sortir un braume qu’est pas piqué des vers !
Il dit qu’vieux Pape est plus dans le
coup, prêche la bagarre et raconte aux gamins que faut marier les curés.
Pis, il se vente à tout le monde qui veut bien l’acouter, qu’au lieu
de pleurer au ciel, lui, il conteste à terre.
Oui enfin ! Tout ça c’est bien joli,
mais sur le plan de la commune, il n’est pas trop d’équerre.
Il connaît pas nos habitudes et ça, c’est ch'tit, par exemple !
Du temps de notre ancien curé, les
femmes, quand elles avaient péchées sous le "6ème
Commandement"… c’est des affaires qu’arrivons aux femmes coumme aux
demoiselles. Au lieu de confesser la chose ouvertement : "j’ai fait cocu, mon
homme, entre l’Pierre ou ben l’Gus… ", elles y disait, d’accord avec
lui coumme de juste…
- " mon Père, j’ai glissée sur le chemin du lavoir..."
C’était convenable, c’était convenu. Fallait le savoir, mais
avant de le savoir, fallait d’abord qu’on l’apprenne !
V’la le jeunot, en place à la veille des
Rameaux.
Pour faire leurs Pâques, pardi, toutes les femmes s’en vont à
confesse. Et pis dame, c’est avec les mêmes mots…
Oh ! Sacrées comédiennes, d’avoir péché pour l’Amour du prochain.
À longueur de journée, l’malheureux p’tit
chrétien entendant dire,
en faisant pénitences :
- "mon Père, j’ai glissée sur le chemin du lavoir…"
Il donnait l’absolution, faute de
savoir, mais à la longue, ça le travaillait.
Et comme curé, ce chemin de pays, les femmes y faisaient quasiment
tous les jours la culbute, il vint trouver notre maire, et dit à la
minute ce qui le tracasse, faute de ce chemin trop glissant.
- " Monsieur le maire, votre commune, elle risque un accident !
Partout dans vos sentiers, on dérape et on bute, mais y’en à un
surtout, "le chemin du lavoir", qui doit être si impraticable,
que les
femmes y glissont quasiment tous les soirs. C’est dangereux, faut y
mettre des cailloux et du sable pour que ça coule pas tant !"
Le maire dit : "Oh ! c’est pas
grave, ça craint guère qu’elles se blessent en tombant… !"
Le prêtre s’adressant "Pas grave… Ah monsieur le maire, je crois au
contraire que c’est grand temps qu’on s’en occupe et vite !
Parce qu’enfin, faudrait voir à garantir les femmes.
Il y a la vôtre, cette semaine, sept fois, qu’elle a glissée, sur le
chemin du lavoir !…"
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